Bulletin du mois d’avril 2015

Le mot du bâtonnier

A l’heure où j’écris ces lignes, notre compatriote Serge Atlaoui attend le peloton d’exécution dans sa prison indonésienne. Je l’imagine dans un air moite, lourd, celui de la fin de la saison des pluies, une atmosphère fétide et rance et que pourtant, il respire jusqu’à l’enivrement, parce que ce couloir étouffant est encore celui de la vie.

Je voudrais croire que son procès a été conduit loyalement, mais, si ce que l’on dit est vrai, je m’indigne en comparant le temps que la justice consacre au commanditaire avec le jugement expéditif du comparse, si l’on peut qualifier ainsi celui que guettent les balles des fusils.

J’ignore s’il est ou non coupable des faits dont on l’accuse, mais je sais que disposer de la vie n’appartient pas à la justice des hommes.

La mort rôde à Djakarta, suspendue à un fil, mais la résignation serait pire que le désespoir.

Le Conseil de l’Ordre unanime a rappelé lundi 27 avril son opposition résolue à la peine de mort.

En Asie toujours, nul ne peut encore comptabiliser les victimes du séisme qui a frappé le Népal.
Les ruines de Katmandou évoquent un pays en guerre. Et on ne sait rien ou presque de l’état des régions plus éloignées de la capitale.

Hommes, femmes, enfants, vieillards sont sans abri, sans eau, exposés à toutes les épidémies.
La mort a frappé aux confins de l’Himalaya.

Pourtant, il faut croire dans la renaissance du Népal – elle est certaine- et agir.

J’invite tous les avocats toulousains à manifester leur compassion et leur solidarité en réunissant leurs dons sur un compte « séisme Népal » ouvert par l’Ordre auprès de la Banque Courtois Parlement.

De l’autre côté de la Méditerranée, mare nostrum, celle de notre civilisation, celle d’Athènes, de Rome, mais aussi celle de Carthage et du Caire : des hommes et des femmes espèrent encore un monde meilleur que celui que leur réservent les dunes de sable, des palmiers faméliques et les caprices de tyrans.

Leur rêve, comme le nôtre, est seulement d’être heureux.

Quitter un continent en guerre, fuir la misère, offrir à ses enfants la chance d’une vie plus facile sont des incitations fortes pour celui qui décide de croire en son destin, même s’il le remet entre les mains de pirates et même s’il ressemble parfois à un mirage.

L’eau est comme le lac, la traversée ne durera que quelques jours ; d’ailleurs, pourquoi avoir peur quand on n’a plus rien à perdre ?

La dignité et le courage, c’est, ici comme partout dans le Monde, marcher, bouger, lutter, risquer, agir, exister.

A Djakarta, à Katmandou, à Tripoli, à Lampedusa ou à Baltimore, l’humanité lutte. Tant de fils nous unissent.

Cette année encore, le Conseil de l’Ordre a décidé que notre barreau soutiendrait la belle œuvre d’Avocats Sans Frontière, parce que rien de ce qui se passe dans le Monde ne nous est étranger et parce que nous croyons que les progrès de la Justice participent puissamment à la quête d’une humanité meilleure.

Le pire naufrage serait dans l’indifférence. Et les avocats ont toujours refusé l’indifférence.

Anne Fauré
Bâtonnier de l’Ordre

 

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