Bulletin du mois de mai 2015

Le mot du bâtonnier

J - 145

Le compte à rebours est lancé, à en croire Robert Zemeckis dans le film « Retour vers le futur » il ne nous reste plus que cent quarante-cinq jours avant que Doc n’annonce à Marty que « le système judiciaire est bien plus performant depuis que l’on a supprimé les avocats ».

Pressons-nous donc puisque nos jours sont comptés.

Lorsqu’on entend l’effervescence suscitée par la commercialisation des chaussures auto-laçantes, on peut légitimement craindre que des hordes enflammées nous précipitent hors des palais de justice, loin des geôles ou du droit et nous obligent à nous reconvertir sur Ebay.

Puisque après tout, personne ne sait à quoi sert un avocat.

Ils nous décrivent comme des créatures viles, assoiffées par l’argent et le pouvoir, dénuées de toute empathie ou humanité, ne se battant que lorsque la facture en vaut la chandelle, jamais lorsque le risque est trop élevé.

Ils nous pensent magiciens à nos heures perdues capables de faire annuler une procédure pour une erreur de point-virgule.

Ils nous imaginent omniscients et omnipotents…

Ils s’étonnent qu’on ne puisse les faire sortir de garde-à-vue, qu’on ne connaisse pas dès notre arrivée les déclarations des victimes ou des témoins, qu’on ne consulte pas les pièces versées aux dossiers.

Eux, qui avaient rêvé d’un avocat sauveur et libérateur fracassant la porte du commissariat pour assister son client, se retrouvent face à une plante verte en mutation, plus tout à fait inerte, devenue carnivore, qui ne s’attaque qu’aux insectes à diamètres limités, sans trop de bruit sous peine de se voir exclure sans ménagement de la salle d’audition.

Allons leur dire, qu’ils sachent que nous nous battons chaque jour, que la défense est le cœur de notre métier et leurs droits notre moelle épinière.

Allons leur dire, qu’ils sachent que la justice est humaine, qu’ils n’ont pas besoin d’un super-héros contre la machine judiciaire, qu’un avocat suffira.

Allons leur dire, qu’ils sachent que nous nous formons chaque jour pour devenir plus précis et plus efficace.

Allons leur dire, qu’ils sachent que les princes de la plaidoirie sont définitivement de piètres communicants, que nous n’avons pas appris à expliquer notre métier, à détailler nos actions, à synchroniser nos démarches.

Que les journées sont bien trop courtes et les urgences bien trop nombreuses, que nous faisons systématiquement passer leurs intérêts avant notre métier, avant nos envies, et souvent avant nos vies.
Réinventons la communication, elle est la clé de notre visibilité, peut-être aussi de notre survie.

Anne Fauré
Bâtonnier de l’Ordre

 

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