Discours de confirmation du Bâtonnier Fauré – 25 novembre 2014

Monsieur le Bâtonnier,

Madame et Messieurs les Bâtonniers,

Mesdames et Messieurs,

Mes Chers Confrères,

C'est avec une émotion que je ne peux vous dissimuler que je prends la parole ce soir.

Ça y est, j'y suis !

Ce propos peut paraître prétentieux mais il n'est que la manifestation de la volonté d'agir et de l'angoisse aussi de décevoir.

Mais je voudrais tout d'abord vous faire part, Mes Chers Confrères, de ma reconnaissance pour m'avoir confié pendant les deux années à venir la responsabilité de notre grand Barreau.

La passion de la défense est si viscéralement ancrée en moi depuis l'enfance que je considère notre Barreau comme ma famille et c'est vers vous, tout d'abord, Mes Chers Confrères, que vont mes remerciements.

Vous qui, sans relâche, bataillez jour et nuit pour défendre encore et toujours et qui faites ainsi la grandeur de notre profession.

Monsieur le Bâtonnier, depuis deux ans, vous incarnez cette grandeur.

Je veux ce soir, à titre personnel et au nom de notre Barreau, vous rendre l'hommage qui vous est dû.

Cher Frédéric, nous nous connaissons si bien et depuis si longtemps, puisque nos familles sont liées et qu'au surplus nous sommes de la même promotion, que nous aurions pu ne pas nous retrouver dans ces hautes fonctions que vous exercez.

Il n'en a rien été, au contraire, j'ai passé une année merveilleuse à vos côtés.

Vous avez exercé votre fonction avec la bonne humeur, le travail et le professionnalisme qui vous caractérisent, ainsi que votre joie de vivre qui se manifeste au grand jour mais aussi de façon vestimentaire dans la couleur de vos chaussettes.

Vous avez porté haut les couleurs de notre Barreau, et je ne parle pas là de vos chaussettes, aussi bien dans notre monde judiciaire, qu'auprès de notre Cité, au plan national et international.

Vous avez ainsi mis en place et signé une multitude de conventions destinées à faciliter la tâche des confrères et à faire reconnaître la valeur et la grandeur de notre Barreau et les citer toutes serait fastidieux.

Vous avez aussi mis en place un système ordinal de règlement à l'amiable des conflits entre avocats et cette commission fonctionne à merveille.

Vous avez également su faire montre aussi bien d'autorité quand il le fallait que du souci discret d'aider nos confrères les plus défavorisés.

Vous avez su réagir vigoureusement pour nous défendre tous quand il a été question de la fouille de nos sacs en garde à vue ou encore quand une éventuelle taxe sur notre chiffre d'affaires a été sérieusement envisagée par les pouvoirs publics pour financer l'aide juridictionnelle.

Je ne saurai en quelques mots rendre compte du travail considérable que vous avez accompli toujours avec le sourire depuis deux ans.

Je sais que l'héritage que vous me laissez est sain, comme vous l'êtes Monsieur le Bâtonnier Frédéric DOUCHEZ et au nom des confrères et à titre personnel je vous dis très sincèrement merci.

Vous entrez à présent dans la grande histoire de notre Barreau et vous vous effacez puisque telle est notre loi.

Chaque Bâtonnier a son temps et ne saurait se croire irremplaçable, son successeur poursuivant l'oeuvre de ses prédécesseurs.

Tant de noms illustres viennent en ce moment à mon esprit et notamment tous ceux qui me font l'honneur de m'entourer ce soir.

Depuis ma prestation de serment, douze Bâtonniers se sont succédé.

Je ne saurai les citer tous, en nommant seulement deux d'entre eux pour les raisons que vous comprendrez.

Tout d'abord Monsieur le Bâtonnier René BOUSCATEL, qui est le Bâtonnier de ma prestation de serment, qui a révolutionné la fonction et le Barreau et qui est à présent Président des Avocats Honoraires.

Il me fait l'honneur d'être devenu mon ami.

Ensuite, Monsieur le Bâtonnier Jean-Louis MATHEU, notre si regretté Jean-Louis.

Il a été le premier à évoquer devant moi ma capacité à devenir Bâtonnier.

Il m'a fait la grâce de son amitié fidèle et a été très présent il y a dix ans lorsque j'ai subi un coup dur.

Il m'a aidé et poussé à la Présidence de la CARPA en m'invitant à l'issue à ne pas en rester là.

Cher Jean-Louis, merci.

Douze Bâtonniers depuis ma prestation de serment vous disais-je et tous m'ont fait l'honneur de leur amitié.

Je veux à cet instant vous dire mon émotion dans ces amitiés qui pour moi tiennent du miracle, le sentiment de l'humble avocat anonyme devenant ami avec le Maître et je veux les remercier tous aussi bien pour ce qu'ils ont fait pour notre Barreau que pour leur chaleureuse amitié.

Ils sont, vous êtes ma famille.

Cette robe noire que je porte depuis 22 ans et qui commence à être élimée, je ne la remplacerai pour rien au monde pour plusieurs raisons.

Tout a commencé dans ma plus tendre enfance lorsque je prenais systématiquement la défense de mon frère quand il était puni par nos parents.

Quant à mon talent je vous laisse l'apprécier dans la réplique récurrente de mon frère "Tais toi tu ne fais qu'aggraver les choses".

Cette passion de la défense a été confirmée à partir de 7-8 ans quand j'étais régulièrement, comme je le suis toujours, éblouie par les propos de Monsieur le Bâtonnier Louis de CAUNES, son érudition, sa diction si parfaite, son humour parfois corrosif.

Cette envie de devenir avocat a été renforcée à l'âge de 14 ans lorsque je suis allée entendre Robert BADINTER plaider à Toulouse pour la dernière fois contre la peine de mort.

L'examen d'entrée à l'Ecole des Avocats réussi, j'ai eu la chance d'avoir des maîtres de pré-stage illustres.

Louis de CAUNES, Alain FURBURY, Michel SABATTE, Monique BROCARD, Jean-Luc FORGET et Laurent de CAUNES.

Chacun a pris soin de moi et m'a tant appris que je leur en suis éternellement reconnaissante.

Je leur en suis d'autant plus reconnaissante que c'est eux tous qui m'ont offert la robe que je porte.

Autant vous dire que pour moi elle est "chargée" et que jamais je ne la porte à la légère.

Je voudrai aussi rendre hommage à mon maître de stage, Simon COHEN, c'est lui qui m'a donné cette haute vision de notre métier.

Je me souviens encore avec émotion du soir où j'avais six mois de barre et où il m'a annoncé que le lendemain je plaidais aux Assises.

Il a su me faire confiance dans de très gros dossiers et m'a délégué tout le pan commercial de son cabinet; j'ai tant appris à ses côtés que je lui en suis pour toujours redevable.

Son extrême générosité l'a toujours emporté sur son caractère parfois, comment dire, "délicat à manier".

Mon stage effectué, je suis devenue collaboratrice de Jean-Paul BROCHIER et Monique BROCARD et j'ai passé dans ce cabinet des années merveilleuses qui se sont concrétisées par mon association.

Je ne peux à cet instant ne pas rendre un hommage appuyé à la seule femme qui m'a précédée en cette fonction.

Mais avant je voudrais dire mon admiration pour une autre femme et à travers elle à toutes les femmes du Palais.

Madame Jacqueline DENCAUSSE, qui pour une raison que je ne m'explique pas, m'entoure de son affection et de ses conseils.

Confrère respectée, elle aurait pu en d'autres temps devenir Bâtonnier.

Madame le Bâtonnier Monique BROCARD, première femme Bâtonnier de notre Ordre, Chevalier de la Légion d'Honneur, mon associée et mon amie.

Ses qualités sont connues, mais je voudrai en citer quelques-unes: la régularité au travail, le sens du devoir, le sens ordinal puisque sans relâche depuis des années elle assume seule la commission responsabilité des avocats, le don de soi, la générosité.

Depuis 22 ans que nous nous connaissons, nous avons tissé des liens indestructibles.

J'en ai la preuve:

- d'abord elle me supporte,
- mais il y a bien plus, surtout à l'instant où je vous parle,

Elle me fait l'amitié de ne pas faire valoir son droit au loisir permanent comme elle le pourrait, pour être à mes côtés pendant les deux années qui viennent.

Mes Chers Confrères, prenez en acte sur le champ. Je ne voudrai pas qu'elle oublie sa promesse.

Monique merci.

Je voudrais enfin remercier mes compagnons de route dans cette aventure qu'est le Bâtonnat, Michel, Serge, Marie-Pierre, Annick, Jean Manuel, Maher et tant d'autres qui m'ont soutenue et que je remercie chaleureusement.

A l'hommage de ceux que je viens d'évoquer, je veux associer celle de ma famille.

Mes grands-parents qui ont tant pris soin de moi et mon oncle et ma tante qui continuent à m'entourer de leur affection.

Mon beau-père qui m'a appris tant de choses.

Mon frère et mes soeurs qui me supportent dans tous les sens du terme et dont les enfants font mon bonheur.

Enfin, ma mère, partie trop tôt et si jeune, qui serait si fière ce soir, et qui quand j'ai exprimé mon envie de devenir Bâtonnier, m'a juste fait part de son envie de rester en vie, ce qu'elle n'a malheureusement pu faire, la maladie l'ayant emporté.

Mes Chers Confrères, j'ai beaucoup de projets pour les deux années à venir.

Depuis 22 ans m'investir au service de la profession procède d'une même passion que l'exercice quotidien de celle-ci.

Plus que jamais l'avocat doit être défendu, notamment au regard des projets de loi « MACRON » ou sur l’AJ ou encore vis-à-vis des autres professionnels du droit et du chiffre.

Concernant l’AJ, je suis opposée à la taxation des bénéfices des avocats pour deux raisons ;

la première est qu’elle ferait encore peser sur les avocats anormalement la charge de financement sur ceux qui assument déjà largement ce service pour les plus démunis ;

la deuxième est que la ressource ainsi procurée serait totalement négligeable au regard d’autres sources de financement comme la taxation des actes juridiques ou encore celle des assurances de protection juridique.

Concernant le projet de loi MACRON et le projet de loi d’adaptation des professions réglementées, je suis également fermement opposée à ces projets.

Ils portent atteinte à la justice de proximité, affaiblissent les Barreaux, portent surtout atteinte au secret professionnel et à l’indépendance de l’avocat, ce qui est l’essence même de notre profession et donc aux libertés fondamentales du citoyen.

Vous le constatez les sujets de préoccupations ne manquent pas et j’entends défendre sans réserve nos intérêts.

Mais nous avons également des atouts et je m’emploierai à les faire connaître.

Je ne reprendrai pas ma profession de foi d'il y a un an, vous connaissez mes idées et je vais m'attacher à les mettre en pratique.

Je ne pourrai toutefois les accomplir seule.

Seul, le Bâtonnier n'est rien.

Je compte donc sur vous pour que notre Barreau fasse valoir ses grands atouts vis-à-vis de tous.

Au premier rang, je compte sur les membres du Conseil de l'Ordre et sais pouvoir compter sur la disponibilité, le travail et l'enthousiasme que je vais solliciter auprès d'eux.

Nous serons sous peu 1500 et notre Barreau est jeune, une véritable pépinière de talents aux compétences innombrables.

Il faut que cette jeunesse puisse s'épanouir et je compte beaucoup sur notre association des Lauréats de la Conférence pour continuer à donner de l'éclat à notre Barreau.

Je compte aussi sur la formation continue et serai en rapport avec Monsieur le Président SAINT GENIEST afin que jeunes et moins jeunes acquièrent des compétences nouvelles leur ouvrant le champ d'autres domaines d'action et de valeur ajoutée.

Je désire également faire mieux connaître notre Barreau d'affaires avec leur valeur ajoutée exceptionnelle vis-à-vis des professionnels du chiffre.

Je souhaite améliorer la communication directe entre le Bâtonnier et les confrères malgré le nombre.

Je défendrai en tant que Bâtonnier chacun d'entre vous, Mes Chers Confrères, car pour les deux années à venir je suis totalement à votre service.

Je souhaite aussi faire valoir haut notre robe noire, dans nos rapports avec les magistrats mais ne pourrai accomplir cette tâche et ce respect qui nous est dû, que si chacun d'entre vous êtes sans faille vis-à-vis d'eux.

Etre le Bâtonnier d'un si grand Barreau est une tâche ardue mais Ô combien exaltante.

Défendre la défense, l'Ordre, le Barreau, c'est la noble fonction et responsabilité du Bâtonnier et je m'y attacherai avec la passion que ceux qui me connaissent bien, me caractérise.

Conservons tous notre enthousiasme à porter haut notre robe et le Barreau de Toulouse continuera à rayonner comme il se doit.

Je vous l'ai dit, sans vous, je ne pourrai rien.

Mais avec vous, en animant, en dirigeant, en suscitant l'enthousiasme, la passion même, nous pourrons ensemble accomplir de grandes choses.

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